Journée du patrimoine Novembre 2025

Le Clocher

Les vitraux et le bleu de Tréguier

La date et l’atelier

Marie-Clothilde daté la grande verrière de 1460 — une approximation fidèle (la datation scientifique la place entre 1467 et 1470). Elle l’attribue à l’atelier du maître-verrier Olivier Lecoq de Tréguier, et à son collaborateur.

Elle est de 1460. Elle sort d’un atelier de Tréguier d’Olivier Lecoq.

Le nom Olivier Le Coq (ou Lecoq) correspond à un peintre-verrier trégorrois bien documenté, actif à Tréguier à partir de 1460, auteur de plusieurs verrières majeures en Bretagne avec son compagnon Jehan Le Lavenant.

Le bleu de Tréguier — une couleur disparue

Le point sur lequel Marie-Clothilde insiste le plus est la couleur bleue de la verrière. Il faut selon elle « noter le bleu, parler du bleu de Tréguier ». Cette teinte particulière était produite par les ateliers de la ville de Tréguier et n’existe plus depuis la Révolution française, qui a détruit les ateliers et les recettes.

Elle raconte l’anecdote d’une visiteuse de l’EHPAD de l’île interne qui, en entrant dans l’église, s’est spontanément exclaimée : « Ah, il est beau, bleu de Tréguier » — preuve que la mémoire de cette couleur reste vivante dans la population locale.

Une dame elle a dit « Ah, il est beau bleu de Treguier » donc ça veut dire que c’est renommé. Elle a parlé de beau bleu. Et à Triguier, quand je suis allée visiter la cathédrale, ils ont parlé du beau bleu Treguier qui n’existe plus parce que la révolution française est passée par là, ils ont détruit tout. Voilà. Alors, j’ai dit qu’il peut venir ici, qu’il peut voir.

[FIDÈLE] « J’ai dit qu’il peut venir ici, qu’il peut voir » — formule de fierté discrète : Tonquédec possède ce que Tréguier n’a plus. Un argument touristique et patrimonial formulé oralement avec une élégante sobriété.

Les personnages représentés dans la verrière

Marie-Clothilde décrit les personnages du registre inférieur de la verrière, composé des donateurs et de leurs saints protecteurs :

À gauche : Saint Pierre — patron de l’église.

À droite : Saint Yves — manquant dans la verrière actuelle (détruit, panneau perdu).

Les donateurs, de droite à gauche : le père (seigneur de Coatmen), puis sa femme — probablement Jeanne de Pontièvre [INCERTAIN : orthographe — pourrait être « Jeanne de Penthièvre »] — apparentée à Charles de Blois.

Leur fils Jean de Coatmen, avec l’ange Jean l’Évangéliste comme protecteur.

Sa femme, Marguerite de Rostrenen (ou Jeanne de Rostrenen selon les sources — les deux versions coexistent) — la question reste ouverte.

alors on part de la droite. Alors il y avait Saint-Yves, après il y avait son père. […] Après c’était la dame, sa femme. Alors c’était, je pense que c’est Jeanne de Pontièvre. […] Après, il y a son fils Jean, Coatmen, avec l’ange. Derrière, c’était Jean, l’évangéliste. Et après, il y a sa femme, Marguerite de Rostrenen. Certains disent que c’est Marguerite de Rostrenen, certains disent Jeanne de Rostrenen. Mais j’ai trouvé dans la sacristie des documents de l’ancien arrière-grand-père.

[INCERTAIN] La mention « j’ai trouvé dans la sacristie des documents de l’ancien arrière-grand-père » est une phrase interrompue — la conclusion n’a pas été enregistrée ou n’est pas audible. Il s’agit probablement de documents paroissiaux anciens qui préciseraient l’identité de la donatrice.

Concernant l’hermine de Bretagne : les armoiries visibles sur la verrière incluent le signe de l’hermine, l’emblème du duché de Bretagne — confirmant le lien de la famille des Coatmen avec la maison ducale.

La dame, elle a l’égypte avec l’emblème de Coatmen, et derrière c’était son emblème de sa famille. A noter qu’il y a l’hermine aussi, les blancs, vous voyez, il y a le signe de l’hermine de Bretagne.

[INCERTAIN] « L’égypte » est une transcription phonétique obscure — pourrait désigner l’écu

(« l’écu »), l’effigie, ou un autre terme héraldique.

La guerre de succession de Bretagne

Marie-Clothilde évoque la participation des Coatmen à la guerre de succession de Bretagne (1341-1364), conflit entre la maison de Montfort et la maison de Penthièvre- Blois. La famille était alliée aux Penthièvre par Jeanne, ce qui les a mis dans le camp de Charles de Blois.

Elle était apparentée à Charle de Vivlois. Elle était parentée à la famille Pontièvre, qui était parentée à Charles de Bois. C’est pour ça que toute l’histoire après, les quatre semaines, qu’ils ont participé à la guerre. Après, ils ont détruit Montfort et Lagagné. Ils ont détruit le château de Tonquédec.

[INTERPRÉTÉ] « Charle de Vivlois » = Charles de Blois, prétendant breton soutenu par la France. « Les quatre semaines » est une expression phonétique probablement déformée — pourrait désigner « les quatre lignées », « les quatre seigneuries » ou une expression de durée. La destruction du château de Tonquédec est un fait historique avéré : il fut démoli sur ordre royal après la guerre, puis reconstruit.

Après la guerre, les Coatmen ont participé à la reconstruction de l’église — en partie comme forme de réparation, en partie pour affirmer leur éminence dans la paroisse.

Après, ils ont donné des sous parce que c’était important qu’ils soient là pour les reconstruire. C’est une histoire.

Les dommages et restaurations de la verrière

Un orage violent a frappé la verrière en 1842 ou 1846 — Marie-Clothilde cite les deux dates. Un éclair est tombé et a cassé deux lancettes. Initialement, la verrière comportait vingt-quatre panneaux en six lancettes. Il n’en subsiste plus que seize panneaux en quatre lancettes.

Il y a seulement 1842, je pense que c’est 1842 ou 1846, un orage, comme aujourd’hui, seulement avec des… Eh bien, un éclair est tombé et l’a cassé, ce qui manque, voilà.

Après la Seconde Guerre mondiale, en 1950-1955, des restaurateurs venus de Paris ont complété et nettoyé la verrière. Marie-Clothilde émet une critique sur leur travail : ils ont procédé de façon partielle et le résultat lui semble inégal — certaines zones sont trop sombres.

Et 1950, après la guerre, ils sont venus de Paris, ils ont mis d’autres… Vous voyez tout autour, ils ont cherché d’organiser. Et après ils ont cherché aussi de nettoyer. Après ils se sont arrêtés parce que vous voyez la dame, elle n’a plus de visage. Et moi je pense que tout autour ils ont fait trop foncé, ils devaient faire plus clair.

[FIDÈLE] La critique technique de Marie-Clothilde — « ils ont fait trop foncé, ils devaient faire plus clair » — est une observation esthétique pertinente : les restaurations du XXe siècle ont souvent eu tendance à assombrir les tonalités pour masquer les lacunes, au détriment de la luminosité d’origine.

La Sacristie